Du Palais Royal au Marais

Anne St. Marie, par Tom Palumbo.

Anne St. Marie, par Tom Palumbo.

Promenade dans les rues de Paris, à la découverte des boutiques raffinées de parfumeurs esthètes.

Les publicités des grandes maisons saturent, en septembre, nos téléviseurs; dans une débauche de strass, la parfumerie de masse désire nous imprégner jusqu'à Loverdose, d'une Parisienne, dont J'adore le Baiser volé. Cette mécanique publicitaire, parfaitement orchestrée, éclipse les créations de parfumeurs plus discrets. Au prétexte d'une promenade des jardins du Palais Royal au Marais, se découvrent des boutiques raffinées, qui abritent, jalousement, d'audacieuses nouveautés.

Le Palais Royal, Serge Lutens
Au cœur de Paris, le Palais Royal; au cœur du Palais Royal, Serge Lutens. Le camaïeu violet de cet écrin crée, dans un ordonnancement strict, une atmosphère sereine & élégante. Ce lieu, dessiné & voulu par Serge Lutens, s'inscrit, parfaitement, dans son esthétique; et sollicite, sans cesse, l'esprit & les sens. Les prêtresses lutensiennes, avec dévotion, vous initient à l’œuvre complète du maître; de Féminité du bois, créé en 1992, pour Shiseido, à De profundis, dernière composition de Serge Lutens, aucun parfum ne manque. De profundis, édité dans l'exclusive collection des flacons de table, est un sobre chrysanthème corseté d'un encens fugace, qui séduira l'élégante, ou l'élégant, en quête d'une beauté sereine.

Saisi de tant de tant de beauté, le promeneur s'échappe du Palais Royal, esquive le Louvre, et ses cohortes de touristes, pour remonter l'interminable rue de Rivoli et, ainsi, rejoindre le Marais; si la foule l'ennuie, il s'arrêtera quelques instants dans la boutique de L'Artisan parfumeur, à quelques pas de la Seine, et s'attardera, un peu, pour découvrir les classiques Méchant loup, Nuit de tubéreuse ou La Traversée du Bosphore, et le nouveau Batucada, dont l'accord de fleurs blanches fraîches et aldhéydées évoque le Brésil.

Nostalgie sensuelle
À quelques dizaines de mètres de la rue des Rosiers, la boutique Sens Unique, inaugurée en juin dernier, dans un luxe sobre, qui entremêle moderne & baroque, présente des maisons aussi diverses, que By Kilian, Technique Indiscrète ou Huitième art; deux marques, en particulier, attireront l'amateur éclairé, Olfactive Studio & Parfumerie générale.
. Olfactive studio, lancée en septembre de cette année, est le désir de Céline Verleure de créer des parfums en s'inspirant, seulement, d'une photographie; de cette méthode de travail inédite sont nés Still life, Autoportrait et Chambre noire. Le magnifique accord de ce dernier, cuir, patchouli & prune, s'adresse, avec audace, à des nez éduqués & exigeants.
. Dans un cadre rectiligne, le curieux découvrira l'intégralité des créations, y compris celles de la rarissime Collection sur invitation, de Pierre Guillaume, le fondateur de Parfumerie Générale, qui, cet automne livre un oriental puissant, qui idéalise la nostalgie d'une Indochine sensuelle.

Le temps suspendu file, pourtant; et il nous faut reprendre dans les rues anachroniques du Marais, nos pérégrinations. Remontant la rue des Rosiers, une halte dans la si petite, mais si charmante, boutique d'Annick Goutal s'impose pour découvrir notamment Mon parfum chéri; hommage chypré de Camille à sa mère Annick, créatrice de parfums & fondatrice de la maison éponyme.

Des bougies d'ambiances rares
De la rue des Rosiers, il faudra au promeneur, au risque de s'égarer dans des ruelles, rejoindre la rue des Francs Bourgeois, et sa sublime boutique Diptyque; ce lieu, à l'odeur indescriptible, n'est pas une parfumerie. Certes, quelques eaux de toilettes fugaces, mais raffinées, valent de s'y attarder, que se soit L'Eau, la première création, ou L'Eau mage, la dernière, en passant par l'exquise Eau de lierre, ou l'onirique Do Son. L'essentiel est, pourtant, ailleurs. Diptyque fabrique, depuis un demi-siècle, des bougies d'ambiance rares, qui habitent l'intérieur d'une maison, sans jamais ni oppresser ni entêter. Pour célébrer, cette année, le cinquantième anniversaire de la maison, ses fondateurs capturèrent l'odeur, si particulière de la boutique originelle, et la reproduisirent, à l'identique, par la technique du head space, dans la série 34 Boulevard Saint-Germain.

À l'intersection de deux rues, presque isolée du reste du Marais, l'arcade d'État libre d'Orange; hasard ou préméditation, la première adresse de cette marque subversive, Rue des Archives 69.

Une pincée de provocation
Ce boudoir libertin, à l'esthétique stricte & raffinée, entremêle, avec intelligence, provocation & sobriété; ce lieu construit, crée une atmosphère léchée, et si homosexuelle. Confortablement installé dans un fauteuil, le promeneur, un peu fatigué de ses pérégrinations, découvrira, s'il le désire, et conseillé par une hôtesse compétente, l'entier des créations de la marque. Peut-être appréciera-t-il la dernière création, Archives 69, ou préférera-t-il les désormais classiques Charogne, Putain des palaces ou Sécrétions magnifiques? Si ces parfums subversifs ne l'incitent pas à fuir, le promeneur pourra découvrir quelques bougies introuvables hors de la boutique; à moins qu'il préfère, les narines lasses, se perdre dans la consultation de livres d'art.

Cet article est paru, sous le titre Balade dans le Paris des parfums, dans le bimensuel Bilan, du 5 octobre 2011.