Osmanthus interdite

Anne St. Marie, par Tom Palumbo.

Anne St. Marie, par Tom Palumbo.

Méconnue en Occident, l'osmanthus est intimement liée aux traditions d'une Chine millénaire; une parfumerie contemporaine & audacieuse redécouvre cette fleur charnelle & sereine.

La révolution maoïste, et son acculturation, détruisirent, à jamais, l'art millénaire de la parfumerie, dont l'exquis raffinement le réservait aux lettrés; la parfumerie française, empreinte d'une esthétique chinoise, raffinée & cruelle, codifie la perception olfactive de l'empire du milieu & la réduit, à tort, aux notes florales & fruitées du jasmin, du thé ou de la mandarine, et aux notes animales de la civette ou du musc tonkin.

Loin de cette stylisation, l'osmanthus fragrans, ou olivier à thé, est l'essence même d'une «sagesse ancestrale qui plonge ses racines dans le Yi Jing», traité de l'art divinatoire, où les parfums sont, selon Marc-Antoine Corticchiato, créateur de Parfum d'Empire, les intercesseurs «entre le ciel & la terre, entre le visible & l'invisible». Ce mystère, qui préoccupe, depuis les origines, l'humanité, s'incarne, dans la province chinoise du Yunnan, par la célébration des fêtes d'automne, au cours desquelles les participants s'enivrent de liqueur d'osmanthus, servie dans des coupes de jade. Jean-Claude Ellena s'est inspiré de ces célébrations, qui entremêlent profanes & sacrés, pour créer, chez Hermès, en 2005, Osmanthe Yunnan.

La fleur délicate de l'osmanthus, dite blanche en parfumerie, mais dont le nuancier va du blanc au rouge, en passant par l'orangé, éclôt, brièvement, entre septembre & octobre. Son absolue, ou sa concrète, présente la particularité olfactive de développer et une facette daim, qui évoque la peau, et une facette abricotée, si délicieusement pêche de vigne. Cette matière noble, la favorite de Marc-Antoine Corticchiato, unit, en une essence, chair & esprit, et renoue, ainsi, «avec le sens premier du parfum: l'érotisme & le sacré».

La sereine Osmanthus interdite
Si éloigné des excès littéraire d'une Chine licencieuse, qu'un Occident décadent fantasme, l'érotisme trouble de Osmanthus interdite dévoile des sens maîtrisés & épanouis. Une absolue de jasmin, aux notes corrompues, exacerbe les notes charnelles de l'osmanthus; au déséquilibre d'un abandon sensuel, dans l'instant, une rose distille calme & pureté. Les deux bouquets de jasmin & de rose, où se perdent quelques fleurs d'osmanthus, évoquent ce lien subtil, et complexe, du profane & du sacré.

Osmanthus interdite a capturé, dans un flacon, l'atmosphère d'une Chine raffinée & sereine. Au-delà des odeurs, cette composition que Marc-Antoine Corticchiato créa, en 2007, en «quête de calme & de méditation» est d'une rare beauté & s'inscrit, sans fausse note, dans la collection d'une maison qui, s'inspirant des grandes civilisations, conquiertle mystérieux empire des sens.

Cet article est paru, sous le titre Chine interdite, dans le mensuel La Tribune des Arts, du 7 octobre 2011.